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lundi 2 mai 2016

Chiharu Shiota, la mémoire des petites choses


Jusqu'au 31 juillet, la galerie Mimmo Scognamiglio de Milan accueille la première exposition solo de Chiharu Shiota en Italie. Le titre, plutôt accueillant : Follow the line. Si vous voulez un conseil, n'essayez pas. La ligne en question est du genre tordue. Car si l'artiste griffe ses dessins de toutes sortes de segments aléatoires, sa présence dans l'espace des galeries n'en est pas moins barrée.Sa signature : les fils de laine. Shiota tisse dans l'espace des multitudes de liens qui rassemblent et emprisonnent des objets et des lieux.

Elle voulait être peintre, mais ses installations lui apportent plus de succès. Elle accroche malgré tout ses gribouillages, de temps à autres, face à ses toiles d'araignées. Des travaux toujours très distincts, malgré leur unité graphique avec ces traits entremêlés : Shiota affirme qu'elle ne réalise pas de croquis préparatoires pour ses installations. 
L'artiste japonaise a fait parler d'elle par son œuvre The key in the hand, à la 56e biennale de Venise.

The key in the hand, Biennale de Venise
  

Dans le pavillon consacré au Japon, la petite dame et ses assistants ont accroché environ 50 000 clefs à des fils de laine rouge traversant et emplissant tout l'espace entre le plafond et les murs, comme des toiles d'araignées. Deux barques de bois brut voguaient dans ce brouillard de laine et de métal, parmi d'autres clefs éparpillées au sol. Autant d'histoires suspendues ou délaissées par des navigateurs invisibles.

« En général je travaille à partir de choses personnelles, avance l'auteur dans un anglais nippon, mais cette fois j'exposais dans le pavillon national, je devais penser au Japon. Le titre de mon travail est  The key in the hand. Une clef, cela a beaucoup de significations, et quand on a une clef en main, on a une chance. Cela veut dire que l'on a le futur en main. Si l'on perd la clef, on perd une partie possible de sa vie. Ces bateaux représentent les mains, et ces mains tiennent 50 000 clefs. En tout, il y a 80 000 clefs. »

D'un point de vue contextuel, il est difficile de ne pas remarquer un parallèle avec la représentation de l'immigration clandestine. Les barques rudimentaires et vides ont en elles-mêmes une dimension funeste, et les clefs suspendues y semblent désigner la promesse trop lointaine d'un futur, d'un lieu de vie. Cependant l'artiste ne fait aucunement mention de ce sujet, bien qu'il s'applique de manière très cohérente à son propos. Est-ce par ignorance de cette dimension ou au contraire par souci de l'inclure dans un propos universel ? 

Ce travail rappelle Boltanski pour sa démesure, mais surtout Annette Messager, pour cette dimension d'inquiétante étrangeté. L'usage de matières douces et rassurantes comme la laine, déplacé dans un rôle qui confine à l'absence et au symbolique, supprime tout idée de confort et appelle des images comme les trois Parques, tout à fait en accord avec des barques de Charon.

Chiharu Shiota, comme dit plus haut, a fait du fil de laine sa marque de fabrique. Elle relie ainsi des chaussures, des lits, des robes, au gré des expositions. Son univers est bicolore : elle l'explique noir pour l'univers, rouge pour le corps humain. Une symbolique héritée en partie de l'ukiyo-e, peinture traditionnelle japonaise qui faisait appel à ces deux couleurs comme principales sources de contraste. Par ailleurs le noir et le rouge ont des connotations spirituelles dans la culture japonaise : le noir est rattaché au bouddhisme et à un univers morbide, le rouge est la couleur des temples shinto qui célèbrent un sacré omniprésent. Mais aussi, et bien sûr, le rouge couleur du sang, analogie universelle d'après M. Pastoureau.

Le rouge est donc chez Chiharu Shiota le lien sanguin, celui de la vie humaine. C'est celui qu'elle choisit également dans son œuvre Over the continent, où elle relie environ 400 chaussures individuelles assorties d'étiquettes écrites par leurs propriétaires, racontant leurs histoires. En revanche, pour son installation Sleeping is like death,elle opte pour le fil noir qu'elle fait jaillir de lits paraissant ainsi englués dans l'espace. Jugeant alors l'installation incomplète, elle décide d'incorporer dans chaque lit un humain endormi. Cette installation – performance devient alors en premier lieu une exposition de l'individu, inscrit dans un imbroglio de connexions cosmiques. 



Sleeping is like death, galerie Daniel Templon

La jeune Japonaise, débutant à Berlin, a eu pour professeurs Marina Abramovic et Rebecca Horn. Une explication facile pour son goût de la performance qui transparaît dans chacune de ses œuvres. En effet, si elle ne fait pas systématiquement appel à des performers, les objets qu'elle met en scène, comme les clefs, sont de véritables ambassadeurs de vies anonymes, des signifiants d'un récit auquel ils ont pris part. L'oeuvre de Shiota se révèle donc profondément individuelle, et tire sa force et son harmonie de la multitude d'individualités présentées.

« Beaucoup de clefs ont été données, depuis l'Amérique et le Japon. Je vis à Berlin et j'ai demandé à des musées de collecter des clefs auprès des visiteurs. Quand j'ai reçu les clefs, elles comportaient beaucoup de messages de leurs propriétaires. En les lisant, même si je n'ai jamais rencontré ces gens, je pouvais les deviner à travers leurs histoires. »

L'oeuvre ne consiste-t-elle donc pas essentiellement dans le geste de collecte de l'artiste ? Car la notion principale exprimée dans The key in the hand est l'accumulation de ces fragments d'horizons divers. Il aurait été tout à fait possible de fabriquer ces clefs à l'occasion de la Biennale, mais Shiota insiste sur l'importance du récit contenu et représenté par l'objet, et l'acte de rassemblement de ces vécus. Ainsi son travail, bien qu'aboutissant sur une installation, relève de la performance, collective ou participative.

Ces affinités avec la performance ne sont pas sans rappeler le groupe Gutaï, né dans le Japon d'après-guerre, qui s'enracine dans les questions de l'identité japonaise : où trouver matière à tisser les liens d'une nouvelle culture ? Dans les valeurs traditionnelles de l'Empire, ou dans la pesante influence des Etats-Unis ? Nombre d'artistes y répondent par la tangente d'une nouvelle vague, entre expérimentation et spiritualité. C'est ici que naît la danse Butô, sorte de manifeste des mouvements de l'esprit, ou encore l'oeuvre vertigineuse de Mishima. Autant de rapports au sacré qui ont imprégné Chiharu Shiota avant son départ pour Berlin : le début de sa vie artistique se mêle à une rupture avec son pays, qu'elle ne cesse de repriser. 

Son fil d'Ariane, qui affirme son identité au sein d'un monde flottant, c'est le rêve de matérialiser les réseaux invisibles de nos propres récits : passé et avenir, vie et absence, tous formés par des chemins similaires et uniques.



M.T.
Dessin sans titre, Chiharu Shiota

mardi 26 avril 2016

La vulgarisation de la culture sur Internet

Le Web 2.0 a permis l'avènement du vidéo-blog. D'un format relativement court, d'une dizaine de minutes, la génération 2.0 utilise désormais Internet à des fins pédagogiques, dans un soucis de partage de connaissances et d'informations. C'est le cas par exemple du vidéo-blog "Osons Causer".

"Réfléchir à partir de ce qui est bon pour tous, remettre la perspective du bien commun au centre de la réflexion politique, rabattre le caquet des successions de chiffres pour revenir aux vies des gens, voilà l'ambition éditoriale de nos propos." est l'un des objectifs des trois membres de Osons Causer qui se définissent leur projet comme "blabla d'intérêt général".

Les trois acteurs de ce vidéoblog ont la trentaine et ont fait des études de sociologie et de philosophie, leur permettant de transmettre leurs savoirs en utilisant un vocabulaire familier, dans une soucis de vulgarisation. Chacune de leurs vidéos renvoie à des liens concernant les sources qu'ils ont eux même utilisé et pour permettre à celui ou celle qui les suit d'approfondir leurs réflexions et explications.

S'adressant à un public jeune d'étudiants ou nouveau dans le monde du travail, Osons Causer s'occupe depuis une dizaine de mois de poster des vidéos (d'environ 10 minutes) à vertu pédagogique : il est question de sciences sociales, de décryptage de faits d'actualité ou encore d'explication de phénomènes sociaux, politiques ou encore religieux. La chaîne YouTube qui compte aujourd'hui quelques 45 000 abonnés et des milliers de vues permet à chacun de se faire une idée, "un panorama d'initiatives" sur le monde actuel.

Osons Causer fait parti du collectif #OnVautMieuxQueCa, constitué de youtubeurs, vidéastes, blogueurs qui a vu le jour suite à l'annonce de la loi El Khomri. L'ensemble de leur travail est disponible sur leur chaîne YouTube et sur leur blog.

Vidéo postée peu de temps après les attentats de Paris

Théo SAFAR

Retrospective de l'oeuvre de Gérard Fromanger au Centre Pompidou

Retrospective de l'oeuvre de Gérard Fromanger au Centre Pompidou 



Peinture-Monde, Blanc de titane, 2015

Gérard Fromanger est un artiste contemporain né en 1939. S'inspirant du célèbre Alberto Giacometti, sa peinture va se rapprocher de la figuration narrative à partir des années 1960. Particulièrement reconnu pour son engagement en Mai 68, ses opinions se font extrêmement ressentir dans son art et notamment dans plusieurs séries telles que "Boulevard des italiens", "Le peintre et le modèle" ou "annonce de la couleur". Des philosophes tels que Gilles Deuleuze et Michel Foucault vont alors devenir ses critiques. Gérard Fromanger considère l'amitié des poètes, des philosophes, des écrivains, des peintres et des sculpteurs, des cinéastes, des musiciens, des architectes comme élément moteur de son processus de création. 


Sa peinture témoigne de sa grande aptitude à transmettre l'actualité la plus brulante et également les profonds changements de la société. L'une des plus grandes caractéristiques de l'esthétique de son travail est la couleur qu'il utilise énormément dans ses tableaux. 
Le Centre Pompidou et le commissaire d'exposition Michel Gauthier nous présente une retrospective composée d'une cinquantaine d'oeuvres datant de 1957 à 2015. L'exposition joue avec les thématiques de l'artiste : une salle est consacrée à sa série de rouge, une autre aux médias, ainsi qu'une aux codes couleurs ... Il y a cette toile au début de l'exposition, Peinture-Monde, Carbon Black, 2015, avec un bateau de migrants et au loin une foule de passants. Ils sont comme couchés sur la toile. Ne retranscrit-il pas ici une réalité de notre époque contemporaine ? Des images sans cesse retranscrites dans les médias comme du papier-calque ? 

 Peinture-Monde, Carbon Black, 2015


"Je viens après Cézanne, après les nabis qui ont dit : La peinture, ce n'est pas une fenêtre ouverte sur le monde ; la peinture, c'est une surface plane. Tout l'art moderne est basé la-dessus. Souvenez-vous de cette phrase de Mai 68 : Soyons réalistes, demandons l'impossible. Moi je dis : Soyons impossible, demandons la réalité. Et la réalité, c'est une surface plane, il faut faire avec."
Gérard Fromanger 


Michel Foucault avait écrit un texte limpide sur l'artiste et disait de lui que le peintre "passe" les images ; "La peinture comme fronde à images.". C'est à ce moment là que l'on s'imagine le peintre armé de ses pinceaux comme d'un lance-pierres, jeter formes et couleurs, captant le réel pour l'envoyer sur sa toile. Pour capter le réel, il utilise la photographie (qu'il ne prend pas lui même) et plus particulièrement un outil appelé épiscope (une sorte de rétroprojecteur qui reproduit les images sur la toile, qu'il détourne au crayon pour peindre plus tard). Grâce à cette technique, la peinture ne dégouline plus, comme dans Mon tableau s'égoutte, 1966.


Mon tableau s'égoutte, 1966


En Mai 68, l'artiste redonne à la peinture une fonction politique et se rapproche de la figuration narrative (retour du figuratif contre l'abstraction)"On avait parlé à Godard de mes coulures rouges sur le drapeau et il a voulu me rencontrer. Il m'a invité chez lui et s'est assis à côté de moi. Il m'a fait attendre une heure en silence complet. Soudain, il m'a demandé : Comment tu as fait ? C'était très intimidant", cite l'artiste. 


Le drapeau, 1968


"Quand il a vu le rouge déborder sur le blanc, il était totalement bouleversé. Il m'a dit : Tu veux pas faire du cinéma ? Et le lendemain, on a fait le petit film, Film-tract n°1968."  Ce film de trois minutes muettes en 16 mm est d'une beauté symbolique de par sa diffusion forcément confidentielle, là où des activistes d’aujourd’hui en auraient fait un GIF animé qui aurait abondamment tourné sur les réseaux sociaux ... Une autre époque ! 


Film-tract n°1968



Au delà de son exposition très réussie au Centre Pompidou, ces coulures rouges débordant sur le drapeau français aujourd'hui, ne peuvent que nous faire penser aux événements du 13 novembre. Le peintre commente que "c'est une histoire très moche et triste pour la France aujourd'hui" et s'emporte en disant de "ne pas plonger dans le mal, dans l'horreur de ces connards de terroristes (...), de ces pisse-froid qui disent que tout va être pire. Il faut en profiter, car cela ne dure pas."




Gérard Fromanger - Centre Pompidou
Jusqu'au 16 mai 2016




vendredi 15 avril 2016

La kawaii culture

   LA CUTE ATTITUDE VAINCRA-T-ELLE ? 

Phénomène prenant sa source au pays du Soleil Levant, le mouvement kawaii a fait le tour du monde

 


かわいい ou « kawaii » en japonais, sert à qualifier des personnes, animaux ou objets de mignons, adorables. On l'emploi cependant plus souvent pour désigner une esthétique globale. Le kawaii est une véritable empreinte culturelle au Japon. 

Aucun problème pour une compagnie aérienne telle que All Nippon Airlines lorsqu'il s'agit de décorer un de leur Boeing 747 à l'effigie de Pokemon. Des banques, les services publics et même le gouvernement se prêtent au jeu. Tout ce qui est mignon est aussi très populaire en Chine, à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud.


Souvent associés à l'enfance, les codes instaurés par la kawaii culture sont faciles à décrypter et peuvent être aussi bien portés par des personnages humains comme animaux ou  encore par de la nourriture. L'anthropomorphisme est assez courant. La plupart du temps, un personnage kawaii est petit, a des traits simples et ronds, il est soit très triste, soit très heureux mais toujours très mignon. Ces codes sont largement utilisés dans les mangas afin de nuancer les humeurs de certains personnages. 





L'esthétique kawaii s'est aussi imposée dans la mode. De grands yeux (accentués par des lentilles), une perruque imposante de couleur bleu ou rose pastel, une jupe à frou-frou et autres jupons tout aussi colorés, un t-shirt imprimé d'un motif mignon, des chaussettes montant jusqu'au genoux, une panoplie astronomique d'accessoires en tout genre, pourvu que vous ayez une attitude ultra mignonne et vous voilà kawaii ! On peut aussi parler des styles vestimentaires qui découlent du kawaii comme les lolitas et toutes leurs variantes (gothic lolitas, sweet lolitas...) Ils sont des milliers à avoir adopté ces styles à travers le monde.




Hello Kitty reste la plus emblématique des figures de la kawaii culture. Cette petite boule de poils créée en 1974 par Ikuko Shimizu au sein de la compagnie Sanrio a su démocratiser la "cute attitude" à la japonaise aux U.S.A. Elle devient d'abord ambassadrice à l'UNICEF en 1983. Puis, Mariah Carey la popularise au début des années 2000 en tant qu'accessoire de mode. Elle fini par servir d'appât, en 2004, sur des cartes de crédit MasterCard destinées à pousser les petites filles à la consommation.


 

Le kawaii se prête à tous les sujets. Selon un article du site Dazed, « How Kawaii is changing the world ? », tandis que les U.S.A, la Grande Bretagne et la France s'alliaient pour bombarder la Syrie en réponse aux attentats terroristes, le collectif de hackers-justiciers Anonymous s'est armé d'ISIS-chan. ISIS-chan est un meme : une petite fille aux cheveux verts habillée en costume noir djihadiste qui revendique ne pas aimer la violence mais préférer les melons. Il serait trop beau que le simple fait de voir la vidéo transforme un terroriste en agneau. Cependant, ISIS-chan a le mérite de ne pas propager la peur ou la haine au profit d'un message de paix et l'ambition de contrer la propagande de Daesh en bombardant le net de memes super kawaii en piratant les comptes Twitter de certains djihadistes. 
La kawaii culture créer une nuance avec la rigueur et le sérieux japonais, sans pour autant les discréditer. Comme quoi, la cute attitude a de nombreux tours dans son sac.

Bonus : un tumblr détournant des photos de Donald Trump

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jeudi 14 avril 2016

Culture du monde

Culture


LIBERTE D'EXPRESSION, CENSURE ET MANGA !

En 2011, 80% des japonais déclarent être contre la loi visant a « contrôler » les contenus des mangas par les autorités.


« Les médias ont abandonné leur hostilité primitive à l'égard des mangas, censés être
vulgaires, violents et obscènes », nous explique Jean-Marie Bouissou, historien, spécialiste du Japon contemporain.

En effet, le manga avant les années 2000 était massacré par presque l'ensemble de la presse.
Le manga évolue par la suite de façon positive, mais selon notre historien, manque toujours de la reconnaissance qu'il mérite.
A l'image du festival d'Angoulême qui limite et dévalorise le rayonnement culturel du manga, depuis les années 2000, les récompenses pour le manga ne représente que 5% sur l'ensemble des prix, et ce n'est qu'en 2007 et pour la première fois que le manga obtient une récompense du meilleur album manga avec des prix relativement secondaires.

(Pour plus d'infos sur le manga et les interventions de Jean-Marie Bouissou :


Evolution

Aujourd'hui bien plus présent, le manga représente plus de 35% du marché de la bande-dessinée, et la Japan expo a attirée près de 250 000 visiteurs en 2015, un nouveau record d'affluence, cette dernière attire donc plus que le Salon du livre (180 000 visiteurs l'an dernier). En 2004, l'enseigne Virgin a implanté dans son magasin le plus gros rayon de manga d'Europe, et cela sur les Champs-Elysées, mesdames, messieurs.

L'aventure du manga ne semble pas pouvoir être arrêtée ni par la censure, ni même par les autorités japonaises ou/et françaises car rappelons le, La France est le deuxième marché mondial du manga après le Japon.


Yoann Pausé

mardi 22 mars 2016

La cinéphilie du jeudi soir


 

 
   Tous les jeudis soir à 20h15, le ciné-club du Caméo Commanderie nous propose de découvrir, ou redécouvrir, un film qui a marqué le 7ème art. La projection est suivie d’un débat animé par un professeur de cinéma où chacun peut donner son opinion sur le film et ainsi en approfondir la compréhension.

C’est une sorte de rendez-vous, chaque semaine, que se donnent les participants du ciné-club du Caméo Commanderie. Ce ne sont pas tous des cinéphiles pointus connaissant l’histoire du cinéma sur le bout des doigts mais plutôt, pour la plupart, des gens curieux de découvrir des films singuliers. D’autres recherchent peut-être des souvenirs, en allant revoir un film qui les a touchés par le passé. Selon François Bouvier, animateur des débats, le ciné-club est « l’occasion de découvrir des films majeurs de l’histoire du cinéma mais aussi parfois de retrouver une époque, un acteur, une séquence… ».
Le ciné-club propose environ quatorze films par an, en variant le plus possible les époques et les nationalités des réalisateurs. Outre l’avantage d’avoir accès à des œuvres parfois introuvables à cause de leur âge ou de l’indisponibilité des copies, le ciné-club propose, et c’est là un de ses principaux intérêts, de faire l’expérience de ces films sur grand écran. Et voir sur grand écran le regard charbonneux de Louise Brooks dans Le journal d’une fille perdue de G.W. Pabst, cela change tout. Nous sommes plongés dans le film et dans les yeux de son actrice mythique, en étant certains de ne pas être tentés de faire pause ou de regarder autre chose, nous nous confrontons peut-être plus intensément à l’œuvre.
Autre intérêt pour le spectateur qui fréquente le ciné-club, la possibilité de discuter des films à l’issue de leur projection. En effet, les œuvres qui sont présentées suscitent souvent de vives réactions et invitent à une réflexion approfondie sur leurs enjeux, ce qui pousse précisément le spectateur à rester au débat. Souvent les avis divergent, certaines interrogations demeurent, mais c’est là tout l’intérêt de la discussion que d’élargir les perspectives offertes par le film. Nous prenons le temps de penser un peu à ce que nous venons de voir, d’accepter parfois notre désarroi ou au contraire de vivre un peu plus longtemps nos émotions. C’est également l’occasion d’une prise de parole en public et d’oser affirmer son avis, ce à quoi invite fortement François Bouvier qui refuse de se définir comme un médiateur. « Je suis là pour faire réagir, et pour faciliter l’échange ». En d’autres termes, il ne faut pas hésiter à entrer dans le débat et à argumenter même si l’on n’a pas aimé le film. C’est peut-être la vertu principale d’un échange, le partage d’opinions, la diversité des points de vue sur une scène ou un personnage et la découverte de nouvelles œuvres. C’est ce qui nous est offert chaque jeudis soir et ce qui contribue à préserver cette spécificité française des ciné-clubs. 
 

Un jeudi soir devant le Caméo Commanderie
 
 


Pour tous renseignements sur les horaires et les prochains films du ciné-club, voir le site des Caméos

                                                                                                                         
                                                                                                                           Lola Scandella